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MEET REGINA

28/09/2017

Regina c’est juste une putain d’éclipse. Secrète comme la lune, vive comme le soleil, cette personnalité troublante aux multiples talents s’épanouie depuis plusieurs années dans la voute céleste de l’art contemporain. Sa beauté, aussi rare qu’une sirène en Biélorussie, lui sert de medium pour témoigner de la complexité de notre génération et de son amour pour la féminité et les blondes peroxydées. Un jour, cette petite Alice au pays des banlieues, a ouvert la porte des nuits parisiennes les plus trashs et ne s’en est jamais vraiment remise. Mais ce qui est fou ne tue pas. Elle est juste plus curieuse que la moyenne et a décidé depuis bien longtemps d’en faire une force. Elle nous parle de cantatrice lyrique, de tunning, de fétichisme et de la condition féminine en Russie…

 

 

Club89 : Peux tu te présenter ? Nous raconter ton parcours ?

 

Regina : J’ai fait du mannequinat, tôt. Je me suis faite scouter dans Paris. Je connaissais rien du tout à la photo ni rien. Du coup j’ai fait ça comme job alimentaire parce que je suis partie de chez moi tôt. Ça me faisait des tunes. Les premiers shoots c’était pour une nana qui s’appelait Katya Legendre, qui est une grosse photographe plasticienne. Puis j’ai commencé à bosser pour des gens dans l’art contemporain ou dans la mode. Pas tant en mannequin mais plus pour de la performance. Au départ on me demandait juste « ha tu sais te rouler par terre ? » « oui oui pas de problème » (rires) puis c’est devenu un peu plus sérieux. J’ai bossé avec Iris Brosch qui est une artiste géniale ! Elle fait des gros trucs pour des biennales mais aussi beaucoup de mode. En fait souvent c’était des gens comme ça… Puisqu’à l’époque j’étais encore plus meuf que maintenant ! Rousse avec les cheveux longs… j’avais un profil vraiment mannequin, du coup c’était facile de m’utiliser dans ces trucs là je pense. Et puis j’ai des goûts bizarres ! Au départ c’était presque sans intérêt et après j’y ai pris goût ! Donc j’ai fait des écoles de théâtre que je me payais grâce à tout ça.

 

Ça a été quoi le déclic ?

 

Je pense que c’est vraiment quand j’ai bossé avec cette femme, Iris Brosch. C’était super ce qu’elle nous avait fait faire. Maintenant je me dis que c’était un peu une caricature de performance, mais à l’époque c’était tout nouveau pour moi !

En gros il y avait une espèce de cantatrice lyrique enceinte qui chantait et puis nous on était plein de mannequins à moitié à poil. On nous avait dit « ce sera des robes en fleurs » mais c’était plutôt des petites guirlandes de fleurs, faites par un artiste trop snobe, qui cachaient le minou et les seins. Et puis on devait faire les nymphes de la Renaissance. Mais c’était fou quoi ! On était dans une énorme pièce tapissée de tissu argenté avec des kilos de fleurs exotiques, une cantatrice qui chante du lyrique et puis toi tu dois faire la nymphe dans des poses inspirées de tableaux. Il faisait hyper froid, mais je trouvais ça fou ! J’avais jamais vu un truc pareil quoi ! Je me retrouvais dans un tableau en fait tu vois. Et j’avais trouvé ça cool ! Et je voulais refaire plein de trucs comme ça. C’était complètement irréel et en même temps hyper référencé. Ça dépassait ce truc de mode habituel où tu dois juste être mignonne.

 

 

C’était quoi tes sensations ?

 

Bah c’était ce sur quoi je bosse maintenant au final. Ce qui moi, me plait le plus, c’est à dire être dans un truc qui n’est pas la réalité en fait. C’était un complet décrochage. Enfin y avait du public, mais je me rappelle m’être sentie trop bien dans ce truc. T’es plus toi. T’es dans un personnage. T’es dans une bulle. Pourtant c’était une performance qui était assez longue, une heure trente sans s’arrêter, mais c’était trop bien ! Donc je pense que c’était ça le déclic.

Mais aussi un peu avant ça je faisais de la coiffure, parce que quand je suis partie j’étais mineure donc je devais trouver une formation professionnelle. Sauf que j’étais mauvaise ! C’était juste que je voulais avoir les cheveux rose, rouges. Comme ça je me les faisais toujours gratuitement. C’était vraiment une mauvaise motivation pour du travail. C’était vraiment aussi superficiel que ça. Et bon, du coup, après avoir fait huit salons en six mois tellement j’étais vraiment mauvaise (rires), j’ai bossé avec une femme. Elle s’appelait Dora et elle tenait un salon afro-ethnique de luxe. Les meufs, même les blanches, elles sortaient toutes avec des cheveux de Beyoncé ! Elle, c’était une grosse black qui avait trop de charisme et qui m’avait viré parce que je sortais beaucoup à l’époque et que je faisais vraiment n’importe quoi. Je m’endormais même debout en faisant le shampoing des clientes. Un scandale. Et elle m’avait dit que j’étais en train de foutre en l’air ma vie. Ce qui n’était pas faux… et que si mes parents me le disaient pas, et bien elle, elle me le disait. Et qu’il fallait pas que je fasse de photos mais plutôt que je sois comédienne. Je me rappelle qu’elle m’avait dit ça et que ça m’avait fait autant plaisir que humilié. J’aimerais trop la retrouver un jour et lui dire merci parce que c’est le meilleur conseil qu’on m’ait donné. Après ça j’ai vraiment moins fait n’importe quoi.

 

Et donc qu’est ce que tu as mis en place après ça ?

 

Bah j’ai fait cette école qui était payante donc je bossais en tant que mannequin, puis j’ai rencontré dans le milieu de la nuit mes premières « créatures » qui m’ont fait travailler dans des clubs.

 

Qui appelles-tu « mes créatures » ?

 

Bah plein de gens de la scène queer, beaucoup de drag queen. J’ai été à la bonne école des drags queen. Je faisais des shows avec eux. Ou alors ils me bookaient sur des trucs. Mais sinon, à cette époque là, j’ai eu une petite amie qui travaillait comme maquilleuse et aussi comme danseuse donc on bossait pas mal ensemble. Mais c’était beaucoup de soirées underground.

Et au même moment, je bossais aussi dans un tattoo shop. Mais avec des gens qui étaient sur des délires de modification corporelle, des trucs de créateurs fétiches. J’étais vraiment dans des sphères assez « barrées », « bizarres ». Je pense que les gens que je fréquente maintenant sont encore beaucoup dans un truc underground, mais les gens que je fréquentais à ce moment là c’était énorme quoi. C’était trop marrant mais limite trop trash quoi !

 

 

Et du coup tu t’es mis comment à la vidéo ?

 

Quand j’étais en école de théâtre. J’avais envi de faire des films, de raconter des histoires. De me créer des mondes en fait. Et de jouer dedans avec les potes qui m’inspiraient. Dont une de ces premières créatures qui s’appelaient Richard Blondel qui était un peu ma muse de l’époque et avec qui je travaille encore sporadiquement maintenant. C’était une espèce de caillera gothique avant la mode. Qui ressemblait plutôt à une caillera pourrie la journée et en mode créature de diiinngggue le soir. Du coup ça me fascinait. Donc à la base c’était vraiment ça : travailler des types de rôles et jouer dans un certain type de trucs pour moi et mes potes. Même si je ne racontais pas leur réalité. Parce que c’est pas ce qui m’intéresse spécialement. On l’a déjà bien dans la gueule la réalité. Je cherchais plus une réalité fantastique qui glissait vers une sorte d’onirisme en fait. Avec des gens marginaux. Même si à ce moment là, j’étais tellement dedans que je ne me rendais plus vraiment compte de ce qu’étaient la marginalité et la norme. Je ne voyais plus les gens normaux. Et au bout d’un moment tu te rappelles que c’est cool mais c’est pas la vie. Mais c’est des gens qui m’ont tellement impressionné. Moi j’ai grandi dans une cité donc c’est des gens que je voyais pas en fait. Et quand j’ai vu ça c’était complètement OUF pour moi !

 

 

 

Tu accordes une place importante à la femme ou à la personnification de la femme dans tes œuvres ? Quelle est cette fascination ?

 

Bah c’est une chose inspirante et ça peut être des réflexions sur moi, ma propre condition féminine ou ma place dans la société. Même si je me dis jamais « ha je vais faire un truc engagé et me faire porte parole de j’sais pas quoi ». Mais en filigrane , même si c’est très métaphorisé, il y a quand même souvent un peu d’engagement. Je pense que c’est une source d’inspiration que j’aurai toujours. C’est lié à ce que j’aime en littérature en peinture, au cinéma. C’est des choses qui m’inspirent. Il y a plusieurs type de femmes qui m’inspirent d’ailleurs : celles qui m’inspirent parce que j’ai envi de leur ressembler, celles qui me fascinent ou celles qui m’attirent. Et je me balade un peu entre ces trucs là.

 

Qui seraient tes muses dans ton travail ?

 

Franchement c’est vaste. Ça va des gens proches de moi, aux actrices comme Béatrice Dalle ou Isabelle Huppert, en passant par les actrices de l’âge d’or hollywoodien. Toutes les blondes peroxydées avec des destins tragiques. Je les aime d’amour.

J’aime aussi des chanteuses, dans des mouvements plus « riot » !

 

 

On retrouve également beaucoup de voiture dans ton univers. Perso, j’accorde à l’automobile un aspect terriblement sexuel mais peux-tu nous parler de ce qu’elle t’aspire ?

 

Ça représente plusieurs choses pour moi. Déjà j’ai pas le permis. J’ai grandi sans voiture. Mes parents n’en avaient pas. Du coup ça a mis vachement de temps à être un objet utilitaire pour moi.
Je me suis mise à prendre la voiture plus souvent quand je suis partie de chez mes parents. Et les premiers mecs avec qui j’ai vécu c’était des mecs qui avaient non seulement des voitures, mais surtout des camions et on partait en free party ! On allait loin avec. Donc c’était lié au voyage, à la fête. C’était utilitaire sans l’être. C’était un carrosse. Un truc fun et voilà. C’était lié à la sexualité aussi comme j’étais avec mes petits copains de l’époque. Et à des trucs transgressifs parce que à 17 ans tu crois qu’aller en free party c’est méga transgressif de ouf !
Et puis après métaphoriquement ça m’intéresse parce que je travaille avec des voitures accidentées, brulées etc… ça peut raconter un corps féminin et un corps masculin. Et à la fois c’est un truc de puissance et à la fois ça peut représenter un cercueil parce qu’il y a des gens qui meurent dedans. Et à côté de ça c’est un truc de corps machine. C’est pas anthropomorphique mais c’est vraiment une extension de l’homme quoi. Une prothèse…Et c’est lié aussi à du cinéma et à de la littérature que j’aime.  

 

C’est à dire ?

 

Bah Cronenberg, Ballard. Ou des artistes plasticiens. Y a plein de gens qui ont travaillé avec des voitures. Mais encore une fois je pense que c’est lié à une espèce de folklore personnel. Moi je sais que comme c’est lié à une période de l’adolescence je vais aimer les voitures toutes pétées, de série, de dealos de banlieue, toutes pourries. J’aime trop (rires) ! Le tunning, les concepts cars. J’aime trop ça je trouve ça incroyable ce qu’on peut faire. Et puis après dans un autre genre, mais j’aurais pas forcément envi de travailler dessus, c’est les vieilles caisses pour ce que ça peut véhiculer d’hollywoodien, de glamour. Mais bon après, c’est vrai j’aurais envi de les accidenter encore…

 

 

Et en tant que vidéaste, tu as déjà réalisé une vidéo érotico-porno ?

 

Alors je suis pas vidéaste, moi je tourne pas. Je tiens jamais la caméra. Je fais le storyboard, le découpage technique. Le seul truc que je filme c’est quand je me filme moi en train de me chorégraphier. C’est des trucs témoins. Un outil de travail.

Mais après j’ai travaillé sur des choses où il y a un rapport à la fétichisation. Donc en mon sens oui c’est une utilisation distanciée. J’ai déjà filmé des couples et tout ça mais je sais que du cinéma sous la censure m’intéresse plus. Donc savoir comment tu peux érotiser, des gens, des situations, des objets. Genre j’adore Lary Clark mais c’est tout ce que je pourrais pas demander à des acteurs de faire en tant que réalisatrice. Ma langue tournerait pas dans ma bouche si je devais demander à quelqu’un de baiser crument avec moi devant la caméra. Je préfère trouver comment installer ce climat là sans que ce soit obviously là. En filmant que des visages, des mains, des objets. Sans plan en grand écart facial quoi. Même si je peux adorer voir des trucs crus tu vois !

 

Et la fétichisation est-ce que pour toi c’est important dans la sexualité ?

 

Alors je sais pas si c’est important, mais je pense que ce qui est bon, c’est que ça peut créer des tensions sexuelles. Parce que c’est un truc cérébral, du coup ça te travaille. Mais pour moi le pire truc du monde c’est la fétichisation à la 50 Shades of grey. Je la trouve ennuyeuse au possible. C’est désespérant de pauvreté, d’imagination et de sexualisation. Je trouve ça naïf. C’est des milieux dans lesquels j’étais quand j’avais 17-18 ans et pour moi c’est des codes qui sont tout simples et genre okay bah c’est juste fait pour des gros moches vieux qu’ont besoin de piment dans leur sexualité, ou des gens très jeunes genre « oulala attache moi au lit avec un petit ruban wouhou ». Dans mon travail la fétichisation va être plus métaphorique. Comment tu vas raconter tout ça avec des objets ou des situations. Donc pour moi c’est pas forcément important dans la sexualité mais c’est un support à l’imagination. C’est intéressant quand c’est dense et pas attendu. Quand c’est surprenant. Ou même des traces de la personne que t’aimes. C’est un truc d’intimité que tu peux avoir avec des personnes que t’aimes. La définition du fétichisme à priori c’est de pouvoir être excité par un objet et non par un sujet.  Et dans mon travail je trouve ça intéressant comme support de réflexion. C’est repris  dans la mode aussi parce que c’est des codes plastiques intéressants. Et c’est pas scandaleux parce que c’est du scandaleux attendu fait avec les codes du scandaleux. Comme un rocker qui s’habille tout en noir. Quand c’est lisible et attendu ce n’est plus troublant. C’est beau et funny parce que c’est détourné.

 

 

 

Tu as été voir l’expo Chloé Wise dernièrement, peux-tu nous donner ton avis sur la place de la femme dans son œuvre ?

 

Justement cette nana, la façon dont elle peut fétichiser des objets ou son rapport au lait, bah c’est plus intéressant ! Comme avoir des tableaux avec des constructions presque classiques et insérer ce lait qui coule et qui évoque forcément des fluides corporels… je trouve ça plus scandaleux que de voir une photo de fille en harnais. C’est plus troublant parce que tu as plusieurs degrés de lecture. Je trouve ça cool et frais et girly ! Et j’aime bien ce qui est cool et frais et girly et un peu cul alors voilà (rires) !

 

Et de manière plus générale quelle est ta vision de la sexualité ?

 

Alors j’ai du mal à me faire porte parole du truc mais je pense que tant que ça fait de mal à personne, que les gens fassent ce qu’ils veulent ! Que les gens s’amusent et qu’ils ne se moralisent pas eux-mêmes, ni les autres. J’ai l’impression qu’on est dans une société plus puritaine qu’il y a dix ans et encore plus puritaine qu’il y a vingt ans, et mille millions de milliards de fois plus puritaine que dans les années 60/70. Du coup je trouve ça un peu terrible mais en même temps ça nous influence même si on vit dans d’autres milieux. Moi j’ai la chance d’avoir les amis les plus hauts en couleur du monde. Et qui ne jugeront jamais qui que ce soit. Mais après, c’est pas le cas de la France entière. Je me souviens d’un post d’un mec sur facebook, un truc boring du genre « un couple qui bronze à poil à la plage ». Et une vieille dame de 70 ans avait répondu « à mon époque on ventait l’amour libre et les pétards !! ». Moi ça me choque comme les gens de notre génération peuvent être obtus. Les personnes plus âgées que moi me disent tout le temps que c’est plus « fermé » maintenant. Même dans ce qui est véhiculé par les médias… là je prépare un numéro où la référence c’est Tandem de Vanessa Paradis. Et quand je regardais le clip de 90, qui a un peu mal vieillit, avec une nana qui fait de la guitare seins nus et des pédés tout enduits d’huile, qui se frottent le visage contre une barre de pole dance… tu verrais un clip comme ça passer à la télé aujourd’hui ? Il n’y en a plus ! Mais après ça formate une génération puisque qui regarde les clips ? C’est les ados en majeure partie.

 

Oui mais maintenant il y a des nouveaux codes sur les clips, comme le twerk, qui va outrer les adultes…

 

Oui mais je pense que ça choque moins. Tant mieux parce que je suis pro twerk (rires) ! Aujourd’hui que tu puisses danser dans une position méga sexualisée, ça passe, mais laisser voir un bout de sein c’est scandaleux.

 

 

Et tes amies russes elles auraient la même vision que toi de tout ça ?

 

Je suis réfugiée politique donc je ne peux pas retourner là-bas et mes amies russes vivent aussi en France. Mais je dirais que ça dépend vraiment des milieux. Et ce que je peux voir aussi c’est que l’homosexualité c’est pas la grosse folie là-bas. Tu t’en fais pas forcément une pub. Ou alors dans certains milieux bien choisis comme le milieu créatif, où t’es sûr que ça va pas te retomber sur le coin de la figure.

Et après je pense que les filles, moi on m’a élevé comme ça aussi, ont en effet leur propre vision de la féminité. Pas de pouvoir au sens de domina, mais un truc plus genre « parce que tu es une fille on doit bien te traiter, ton mec doit prendre soin de toi et subvenir à tes besoins ». Moi on m’a vraiment élevé comme ça… Il y a un certain culte de filles méga féminines, dans les codes les plus attendus. Là bas le fait d’être mignonne, sexy et féminine devient un pouvoir sur ta vie. Ça ne peut que t’aider à réussir quelque soit ton domaine. C’est pas très moderne. Et c’est à la fois pas féministe et hyper féministe. Pas dans le sens de tordre le coup à tous les mecs et leur marcher sur les couilles mais dans le sens d’avoir une féminité qui puisse être un pouvoir.

 

 

Tu danses beaucoup, pourrais-tu nous parler de l’importance du rapport au corps ?

 

Moi je vois mon corps comme un medium. Comme tu dis je suis pluridisciplinaire, je travaille avec différents matériaux. Ça peut être du son, de la vidéo ou ça peut être mon corps. J’aime bien être un écran de projection. Ce que les gens peuvent projeter sur moi et ce qu’ils peuvent me demander d’être comme personnage, ou d’être juste qualité de mouvement. Et du coup c’est assez libérateur et ça me coupe un peu de ma cérébralité encombrante (rires). Du coup t’es que dans un truc de ressenti…

 

Tu t’en sers pour te rebooster par exemple ? Un peu comme mettre des talons pour se rehausser, se redonner le moral (rires) ? 

 

Je pense que c’est un bon cliché mais c’est sûr que les moments où je suis vraiment mal ça a un impact sur mon corps.  Même si je suis obligée d’en prendre soin parce que c’est mon travail. Je parle du fait d’avoir des trainings réguliers et pas de faire des gommages bien sûr. Et bizarrement quand je me mets à mieux travailler avec mon corps et bien tout de suite ça va mieux dans ma tête.

Le fait de sentir son corps solide, se sentir forte avec ton corps ça rend forte moralement. C’est pas très dissocié.

 

 

 

C’est quoi le petit truc de la vie de tous les jours qui va t’empower ?

 

Prrr, je pense que j’ai trop de personnalités différentes pour faire la même chose tous les jours. Ça dépend qui je suis. Des fois ça va être le fait d’être dans une féminité presque outrancière et so what ?! Si j’ai envi de m’habiller comme ça juste pour aller chercher mon pain… mais sinon pour le reste, c’est horrible de cliché mais oui ça va être de mettre certaines chaussures ou de mettre des jupes trop courtes avec des talons trop hauts… bah généralement je me sens plutôt pas mal comme ça quoi (rires). Ou le fait de me maquiller, d’avoir les cheveux doux… c’est horrible de banalité mais c’est tellement vrai… les trucs girly je sais que ça m’aide. J’ai habité dans certains quartiers où je devais m’effacer parce qu’on me saoulait. Mais après justement on parvient à trouver comment être féminine par petites touches. En vivant dans une cité je sais que c’est toujours « alors qu’est ce que j’ai le droit de mettre / pas le droit de mettre ? Comment je dois me maquiller ? brrr » et c’est genre méga chiant en fait ! Si j’ai envi d’être abusé un jour, parce que ce jour là c’est ce qui me fait me sentir bien alors go ! Mais je sais que si je suis vraiment trop en mode genre « normcore » de l’enfer ça me fait trop chier. Même si je peux trouver ça trop sexy sur d’autres !

 

Quel est le moment dans la vie où tu t’es sentie vraiment femme pour la première fois ?

 

Je pense que c’était quand j’avais 13 ans et que j’étais en vacances avec mes parents et que je commençais à me faire mater parce j’étais en pleine puberté et que j’avais réussi à quémander des talons. J’étais trop chiante à vouloir hyper tôt plein de trucs qui n’étaient pas de mon âge. Mais c’est horrible, mais grâce au fait de voir des mecs qui me matent et des filles jalouses, grâce au fait de sentir le regard des autres, et bien j’éprouvais de la satisfaction. Mais sinon, lorsque je me sens femme c’était plutôt lié à des histoires amoureuses. Mais sans que ce soit une chose précise. Juste le rapport dans lequel t’es avec l’autre. Quand j’étais avec des filles je jouais encore plus la fille, et je pouvais en mettre encore plus des caisses sans que personne ne me dise rien. C’est vachement lié à une espèce de trans... 

 

 

À présent est-ce que tu voudrais profiter de cette interview sur Club89 pour faire passer un message ?

 

Je pense que je voudrais prévenir de ne surtout pas trop se préoccuper du regard des gens. C’est un peu bateau, mais c’est important. Encore plus pour les gens très jeunes « te préoccupe pas du regard des gens de ton âge ! ». Moi je faisais des phobies scolaires et je trouve que c’est hyper aliénant le regard des autres quand t’es ado. Et en plus souvent les avis qu’on donne à cet âge là sont vachement biaisés par la jalousie. Surtout qu’il y a plein de formes de beauté. Moi je peux adorer des beautés hyper classiques et stéréotypées comme je peux adorer des beautés qui sont dans des canons complètement hors du temps. Des filles hyper girondes ou au contraire très masculines. Donc c’est un peu con mais faut vraiment être soi-même. Parce qu’au final les gens qui nous inspirent le plus autour de nous sont particuliers, entiers et pas normés. BE YOURSELF ! (rires)

 

Photos de Soraya Daubron

Make Up by Melissa Biard

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